Je le dis aucunement dans le sens péjoratif du terme. Bien au contraire, j’ai un grand respect pour ce Monsieur et pour son « ami » de toujours, Pierre Bergé. L’histoire mérite quand même d’être contée de la même manière qu’elle me fut racontée. Certes, par écrit, il est difficile de donner toute la dimension théâtrale à cet épisode de la vie du grand couturier. Remontons donc au tout début des années 60. Yves Saint Laurent quitte la célèbrissime maison de haute couture Dior dans le but de créer sa propre maison. Pierre Bergé vend son appartement de l’île Saint-Louis pour mettre la première pierre à cet édifice dédié au luxe et à la création. Mais il en faut beaucoup plus pour créer une maison de couture. Il faut donc trouver des financiers… Et là, Pierre Bergé a eu une idée de génie, celle de mettre en scène une séance de travail et de proclamer haut et fort l’existence de la maison Yves Saint Laurent. Alors, qu’ils n’avaient encore rien, pas de lieu, ni d’atelier, pas de petites mains qui travaillent, pas de blouses blanches qui courent partout pour répondre à la moindre des exigences de Monsieur Yves Saint Laurent. Rien de tout cela n’existait encore. La scène se jouera à guichet fermé, dans une chambre d’un grand hôtel parisien. Une mise en scène digne d’un des plus grands scénarios hollywoodiens. Une scène où Yves Saint Laurent travaille entouré de Victoire, son mannequin vedette de l’époque et de Pierre Bergé. Et cet instant si unique et si particulier est capturé par le photographe de Paris Match, François Pages qui immortalisa ainsi une scène qui fera le tour du monde.

Cette photographie est la mémoire d’une décision majeure dans la vie du jeune et talentueux couturier. Le jour où il décide de franchir le pas et de s’engager. Et cette photo publiée dans le magazine à la célèbre accroche « le poids des mots, le choc des photos », lui a terriblement porté chance ! Car c’est bien cette photo qui permettra à Pierre Bergé de signer un contrat avec un investisseur dont le nom ne sera dévoilé que deux ans plus tard. Il s’agissait de J. Mack Robinson venu d’Atlanta, premier Américain à investir dans une maison de couture parisienne.  

Est ce que tout est vrai, ou en partie… Peu importe. L’important est que cela fasse vrai ! Karina Vigier